Une première en Guinée !

lundi 4 juin 2018, par Aurelie Cauwelier

C’est « Un évènement important, une première en Guinée. Nous devons être fiers d’avoir (apporté) une réponse à nos besoins de formation, organisée par nous-mêmes et reconnue par tous ». Aux paroles du secrétaire de la Maison Familiale Rurale de Kolaboui, les 80 participants à l’Assemblée Générale applaudissent à en faire vibrer les manguiers qui nous abritent du soleil. Il est ainsi des moments forts où la solidarité n’est pas avare d’émotions.

LES PREMIÈRES ASSEMBLÉES GÉNÉRALES

Voilà trois ans que Guinée 44 et les MFR de Sarthe et de Mayenne accompagnent parents et professionnels des communes de Kolaboui et de Friguiagbé pour qu’ils aident leurs jeunes à se construire un avenir au pays par la formation professionnelle. Inspirées de l’esprit et de la pédagogie des MFR, deux associations se sont structurées, les membres se sont formés, ont tissé des liens et ont entrepris les premières formations. En cette dernière semaine de mars 2018, elles réalisent chacune leur première Assemblée Générale. Occasion privilégiée de resserrer les liens qui nous unissent. Nous sommes trois administrateurs délégués par nos associations : Michèle Pelé et Bernard Suaud, de Guinée 44 et Michèle Thévard, des MFR de Mayenne.

Chaque assemblée a témoigné d’un processus de création quasi identique dans des environnements géographiques et agricoles toutefois très différents. De part et d’autre, l’émigration des jeunes guinéens vers la ville ou à l’étranger, leur manque de formation comme le défaut d’offres d’emploi sur le marché du travail inquiètent profondément les parents. Le passage de cette inquiétude partagée à la mobilisation pour agir a été facilité par un travail de terrain conduit par Guinée 44.

Informations, réunions de parents, sensibilisation des autorités, des organisations professionnelles, voyages de découverte au Mali, en France, ont créé une force de rassemblement de ces acteurs autour de l’avenir de la jeunesse. Une mobilisation qui a conduit à la création des deux associations déclarées en préfecture « Maison Familiale Rurale ».

LE BÉNÉFICE RECONNU DE L’ALTERNANCE

La fierté des administrateurs est d’avoir avec peu de moyens, mais en recourant aux compétences de la communauté, réalisé des formations dont les trente-cinq apprenants témoignent de la qualité et de la pertinence de la démarche pédagogique : l’alternance. « On apprend d’une manière concrète. Cela nous donne la motivation de poursuivre », argumente un jeune de Friguiagbé. Ils sont là, tous présents aux assemblées et demandent une suite à leur formation de façon à couvrir l’ensemble de la procédure culturale de la tomate pour les uns et de l’ananas pour les autres.

LA MFR, UN CATALYSEUR DE LIEN SOCIAL ET D’ENTRAIDE SOLIDAIRE

Au fil des assemblées, une évidence apparaît : la démarche de formation dans le mode « Maison Familiale Rurale » est un véritable catalyseur de lien social. Les groupes d’apprenants se resserrent à travers les échanges et la culture collective de parcelles. La MFR devient comme un pôle de référence autour de l’expertise de professionnels confirmés. La formation fait apparaître des formes d’entraide, de solidarité, on se concerte, on échange sur l’évolution des plantations, sur les maladies, etc. Nous touchons là le secret du développement local dont les effets sociaux vont bien au delà des questions que l’on traite.

Avec assurance, les apprenants femmes et hommes, ont témoigné de l’enjeu de cette formation « …Elle nous a ouvert les yeux, nous avons compris que la maitrise de nos productions peut améliorer nos conditions de vie et donner un avenir… », révèle le jeune interrogé de Friguiagbé. A travers les témoignages, encouragés par l’acquiescement des anciens, l’aval des parents et des professionnels, nous assistons à une remise en cause des codes et des normes traditionnels : la transmission des savoirs professionnels n’est plus l’apanage des pères ou des anciens ; les jeunes peuvent prendre rang pour affirmer leur maitrise de techniques nouvelles, ou de productions encore peu pratiquées ; les femmes peuvent sortir du jardin familial pour s’afficher « productrices » capables de « gagner » au même titre que les hommes, etc.

Avec l’aval des deux assemblées, des références nouvelles sont discrètement en train de s’affirmer. Le consensus dans les communautés intervient comme la légitimation de changements et de valeurs pour la société de demain.

Dans la Guinée d’aujourd’hui à l’avenir si incertain, souhaitons que l’initiative de ces hommes et de ces femmes, l’engagement de ces jeunes producteurs soient entendus, compris et soutenus par les pouvoirs publics pour que l’idée de vivre au pays loin d’être un cauchemar, s’affirme comme un véritable espoir.

Bernard Suaud, Vice-Président de Guinée 44