3 questions à El Hadj Yaya KEITA - Président de l’Intercollectivité de Kindia

lundi 3 décembre 2012, par Yohann Taitard

Comment est née l’idée de l’Intercollectivité (IC) à Kindia ?

L’origine de cette institution qu’on appelle aujourd’hui « Intercollectivité » remonte à plusieurs années de réflexions et de concertations entre les différents acteurs du territoire qui sont d’abord les collectivités et les organisations de la société civile, notamment le secteur privé. Cela découle des différents programmes de développement local dont a bénéficié Kindia grâce à la coopération et au partenariat développés entre Kindia et ses partenaires du Nord que sont les collectivités de Loire Atlantique. Cette coopération décentralisée, vieille de plus de 20 ans, a produit des effets sur le développement local de Kindia et notamment sur la vie institutionnelle des acteurs de Kindia. Ces différents programmes de développement induits par la coopération décentralisée a permis la formation et le renforcement des capacités des différents acteurs.
L’impact a été plus probant au niveau des organisations de la société civile notamment chez les agriculteurs qui aujourd’hui sont très bien structurés de la base au sommet puisqu’il y a une faîtière au niveau régional et également au niveau des jeunes qui sont structurés de la base au sommet avec une faîtière qui est la Coordination des associations de jeunesse de Guinée/Kindia. Cette dynamique induite par les différents projets et les différents acteurs qui ont fait des actions de concertation sur le territoire a permis de faire un rappel au niveau de la conscience des élus : ce sont les organisations de la société civile qui sont nos vrais partenaires.
Je me rappelle bien, c’est au cours d’un forum, que le Président de la Communauté Rurale de Développement de Bangouya, a émis cette idée qui a fouettée l’esprit et la conscience des élus. A l’image des partenaires que sont les organisations de la société civile, pourquoi pas nous aussi nous aussi ne constituerons pas un ensemble pour harmoniser nos réflexions, nos orientations et nos actions par rapport à ces partenaires ? Sinon nous serons émiettés par rapport à eux qui constituent des blocs. D’où l’idée d’union, de rassemblement s’inspirant un peu du modèle occidental qu’est l’IC mais la différence est que dans notre vision, notre IC intègre les OSC qui sont les vrais acteurs, c’est ça l’innovation de notre IC.

Quels ont les objectifs et les missions de cette IC ?

Cet ensemble peut paraître hétéroclite alors que nous voulons la diversité car c’est cette diversité qui constitue une richesse. Si les acteurs qui sont incontournables dans le développement, et donc dans la politique publique locale, sont absents, cela peut biaiser notre orientation. C’est donc mieux de les faire participer à la vie et aux politiques publiques locales en intégrant cette institution. Pour une cohérence institutionnelle, il faut, à côté des élus, les OSC.
Dans les différents forums préparatoires à la mise en place de l’IC, les collectivités se sont accordées sur 5 axes de collaboration qui font l’objet de l’IC. Le code des collectivités a conféré 32 compétences aux collectivités locales. L’IC a estimé que 5 de ces 32 axes sont en partage : la gouvernance locale, la mobilisation des ressources, l’insertion des jeunes et l’éducation, la gestion durable des ressources naturelles et le développement rural, l’aménagement du territoire.
L’objectif est d’abord de maîtriser ces 5 axes pour ensuite élargir à de nouvelles compétences transférées par le code des collectivités aux communes.

Quels sont les perspectives de l’IC ?

Nous avons imaginé un dispositif d’investissement intercommunautaire dont l’organisation et le fonctionnement est actuellement en réflexion. Quand nous aurons posé les jalons de cette institution de développement, nous ferons appel, non seulement à nous-mêmes et puis nous allons mener des démarches auprès des contribuables, des donateurs et des bailleurs de fonds pour que l’IC soit un véritable outil de développement. Nous ferons des déplacements sur Conakry pour consulter les spécialistes. Puis, nous ferons des voyages d’études dans la sous région pour identifier les modèles, pour comparer et confronter nos expériences et permettre d’améliorer ce que nous sommes en train de construire. Plus tard, nous ouvrirons des guichets pour financer les actions des collectivités, des producteurs et des jeunes. Ainsi nous aurons atteints l’état de croisière. Mais tout cela reste un chantier et c’est pour cela que nous demandons la contribution morale, intellectuelle, matérielle de tous les partenaires pour bâtir avec les acteurs de Kindia cette innovation intellectuelle qui est inédite et qui sera une avancée sur le plan du développement local et de la coopération décentralisée.